Peter Thiel et la grande stagnation technologique
Il y a plusieurs années maintenant, en 2013, Peter Thiel intervenait lors d’un débat au Milken Institute sur l’évolution de la technologie et son “ralentissement” global.
Il y a plusieurs années maintenant, en 2013, Peter Thiel intervenait lors d’un débat au Milken Institute sur l’évolution de la technologie et son “ralentissement” global. Une réflexion intéressante et clairvoyante qui trouve un écho particulier encore aujourd’hui. Lors de son intervention, il dit entre autres :
“Dans tous les domaines en dehors de l’informatique, il y a eu une décélération depuis les années 1970. Il n’y a pas eu d’innovation significative dans l’énergie. Les prix de l’énergie sont significativement plus élevés après ajustement pour l’inflation qu’ils ne l’étaient en 1972.
En biotechnologie, nous avons un tiers seulement des brevets approuvés par la FDA par rapport à il y a 20 ans. Les transports ne vont pas plus vite, mais vont plus lentement de manière générale. Même des choses aussi basiques que l’alimentation, il y a toute une gamme de domaines où peu de progrès ont eu lieu.”
Il note ensuite que sur les 40 dernières années, seul le secteur de l’informatique a réussi à échapper à cette règle :
“La grande exception à cela au cours des 30-40 dernières années a été la révolution informatique en cours. Et je pense que cela ne semble pas suffisant pour élever de manière spectaculaire les standards de vie dans ce pays. Mais nous pouvons en quelque sorte espérer et prier pour que cette révolution s’accélère dans les années à venir. Et que les ordinateurs seuls nous sauveront tous.”
Mais l’informatique elle-même n’est pas immunisée contre l’immobilisme, bien au contraire, elle est aussi au risque de s’ankyloser si rien n’est fait. Il note que c’est déjà le cas en 2013 avec les géants de l’informatique :
“Nous avons une grande ceinture de rouille informatique dont personne n’aime parler, mais ce sont des entreprises comme Cisco, Dell, Hewlett Packard, vous savez, Oracle, IBM, où je pense que le modèle sera de devenir des commodités, de ne plus innover.”
“Et ce n’est pas un fait de la nature que ce ralentissement ait eu lieu. C’est une décision culturelle. Nous sommes devenus averses au risque, nous avons été régulés à mort et devenus incrémentalistes et non disposés à prendre des mesures audacieuses. Donc, nous nous sommes convaincus que lancer des angry birds sur des cochons est le mieux que nous puissions faire. Je pense que nous pouvons faire mieux.”
La monnaie fiat, racine invisible de la stagnation
Le problème que souligne Peter Thiel, à savoir la hausse des prix et, plus globalement, la stagnation économique et culturelle généralisée, est central, car il trouve son origine profonde dans un bien dont peu de personnes parlent : la monnaie. On peut en effet s’étonner de la stabilité ou de l’augmentation des prix de l’énergie et des ressources, alors que les gains de productivité et les coûts marginaux du travail et des technologies ont considérablement baissé. On peut de prime abord attribuer cela à une stagnation de ces secteurs de l’économie.
Cependant, il n’en est rien : dans ces secteurs, les gains de productivité ont explosé depuis quarante ans. L’inflation monétaire des banques centrales, dont le mandat hypocrite est la « stabilité des prix », vient simplement neutraliser pour le public les innovations réelles qui ont eu lieu dans tous ces secteurs et qui, dans les dernières étapes de la chaîne capitalistique, doivent proposer aux consommateurs des biens abondants à faible prix.
Prenons un exemple concret : l’énergie solaire. Le coût de production des panneaux photovoltaïques a chuté de plus de 90% depuis les années 1980. Les rendements ont explosé, la durabilité s’est améliorée. Pourtant, la facture énergétique des ménages n’a cessé d’augmenter. Où sont passés ces gains de productivité ? Ils ont été absorbés par l’expansion monétaire et la hausse généralisée des prix des actifs et des matières premières, conséquence directe de l’impression monétaire.
L’effet Cantillon et la mort de l’innovation
L’autre problème, à savoir l’ossification et la stagnation de pans entiers de l’économie, est également causé par la monnaie et l’inflation monétaire. L’impression monétaire des banques centrales provoque en effet une concentration du capital entre les mains des premiers emprunteurs de la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire ceux qui sont les plus proches de l’imprimante et peuvent emprunter avant les autres. C’est ce qu’on appelle l’effet Cantillon : la nouvelle monnaie n’arrive pas simultanément dans toutes les mains, elle circule d’abord vers certains acteurs privilégiés qui peuvent l’utiliser avant que les prix n’augmentent.
Dans ce contexte, les petits entrepreneurs, qui sont traditionnellement les moteurs de l’innovation et de la concurrence, sont désavantagés, écartés du marché, voire écrasés. C’est l’un des effets pervers de la monnaie fiat dont on parle peu : la concentration du capital qui mène à la stagnation et aux monopoles, puis à l’aversion au risque des investisseurs, qui préfèrent placer leur argent dans des entreprises dont ils sont certains qu’elles surperformeront l’inflation plutôt que dans des projets réellement innovants.
La surcapitalisation financière des sept entreprises du S&P 500 (Tesla, Apple, Microsoft, Nvidia, etc.) en est la parfaite illustration. L’investisseur ne cherche plus tellement les futures opportunités, il cherche avant tout à protéger son épargne et à se débarrasser de sa monnaie pour un autre actif dont il est certain que le prix nominal s’appréciera avec le temps. Finalement, la répartition inégale de la nouvelle monnaie imprimée vient étouffer la mobilité économique et sociale, la circulation du capital et le dynamisme global de l’économie… Qui, bien que riche en apparence, fait du sur place.
Le dernier problème, la perdition culturelle, est la conséquence ultime des économies fiat. La stagnation globale d’une économie qui se fige mène à une société qui s’ankylose à son tour dans des habitudes culturelles sans ambition ni innovation. Cette stagnation culturelle se manifeste partout : dans l’architecture qui recycle sans cesse les mêmes codes, dans le cinéma qui ne cesse de produire des remakes et des suites, dans la mode qui puise dans les décennies passées sans rien créer de nouveau. Nous ne construisons plus de cathédrales, nous restaurons celles du passé.
Si, en 2025, nous vivons toujours dans un éternel 2015, c’est bien la faute de l’interventionnisme. En manipulant la monnaie, on nous impose une chape de plomb insupportable qui empêche l’ingéniosité et la créativité humaines de s’exprimer pleinement et nous maintient dans un passé éternel.
Un retour à un étalon monétaire dur
Et si la solution à cette grande stagnation résidait précisément dans un retour à un étalon monétaire sain et dur, hors des mains de l’état et des hommes ? Une monnaie qui empêcherait l’effet Cantillon de concentrer le capital entre les mains de quelques privilégiés et qui forcerait les investisseurs à véritablement chercher l’innovation plutôt que la simple protection contre l’inflation.
Avec une telle monnaie, les gains de productivité se traduiraient enfin par une appréciation du prix de la monnaie, donc une baisse réelle des prix des biens finis et des services pour les consommateurs. L’énergie abondante deviendrait effectivement moins chère, même chose pour les biens de consommation qui, à l’image de l’informatique, deviendrait plus abordable tout en gagnant en qualité. Les innovations technologiques enrichiraient l’ensemble de la société, pas uniquement ceux qui sont assis au plus près de la planche à billets. Le capital circulerait vers les projets les plus prometteurs, pas vers les plus gros qui peuvent absorber l’inflation.
Peter Thiel avait raison de s’inquiéter en 2013. Mais peut-être que la véritable solution ne réside pas dans l’espoir que l’informatique nous sauve tous... Ou peut-être que si, justement, en intégrant une monnaie numérique qui peut précisément répondre à ces défis : Bitcoin.


